Le Conseil de l'entente
Contexte
Créée en 1895 par la France, l'Afrique Occidentale française était un grand ensemble de colonies françaises qui a existé jusqu'en 1958. Il regroupait huit pays d'Afrique de l'Ouest sous une seule autorité dont la capitale était Dakar. La France administrait ses colonies du bloc de l'Ouest de manière centralisée, mais avec la loi-cadre Defferre (1956) et la constitution de la Vᵉ République française (1958), la France accorde l'autonomie interne à chaque territoire séparément. Cela provoque l'éclatement de ce grand ensemble administratif et plonge l'Afrique de l'Ouest dans des désaccords politiques qui se soldent par la création de deux blocs: les "Fédéralistes" et les “Antifédéralistes”.
- Les Fédéralistes : Menés par Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Modibo Keïta (Mali), ils veulent maintenir l'unité territoriale en créant une grande fédération africaine souveraine (la Fédération du Mali). Sékou Touré (Guinée Conakry) et Kwame Nkrumah (Ghana) étaient non seulement fédéralistes, mais aussi panafricanistes. Ensemble, ils croyaient en l'unification politique et économique totale du continent pour garantir une souveraineté réelle
- Les Antifédéralistes : Menés par Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire), ils rejettent cette structure. Houphouët-Boigny refuse que la Côte d'Ivoire, qui est la colonie la plus riche de la région, devienne la « vache à lait » financière d'un gouvernement fédéral centralisé à Dakar. Il dénonce ce projet comme une tentative de colonisation par substitution.
Création de l'institution
Pour briser l'influence du bloc fédéraliste de Dakar, Félix Houphouët-Boigny convainc les dirigeants des pays voisins enclavés ou économiquement dépendants de la Côte d'Ivoire, de former une alliance alternative. Le 29 mai 1959, il réunit à Abidjan les dirigeants de trois autres pays pour signer l'acte constitutif du Conseil de l'Entente. Les dirigeants invités sont Maurice Yaméogo (Haute-Volta, actuel Burkina Faso), Hamani Diori (Niger), Hubert Maga (Dahomey, actuel Bénin). Le Togo intègre l'organisation en 1966, devenant ainsi son cinquième État membre. C'est également cette même année que l'organisation se dote d'un secrétariat administratif permanent basé à Abidjan.
Est ce que l'institution existe encore et à quoi sert-elle ?
Bien que discret par rapport à d'autres organisations, le Conseil de l'entente fait partie des rares institutions stables malgré les importants bouleversements politiques en Afrique de l'Ouest. Il n'a jamais connu de retrait de l'un de ses membres et les réunions de ces derniers continuent de se tenir. L'organe a entamé l'année 2026 avec une feuille de route budgétaire claire et des projets concrets. Lors d'une réunion du Conseil des ministres à Lomé en Novembre 2025, l'institution a formellement adopté son Projet Annuel de Performance (PAP) pour l'année 2026, doté d'un budget équilibré de 7,706 milliards de francs CFA. Les cinq pays membres continuent de déployer le Plan stratégique 2024-2028 qui vise à moderniser l'institution et à renforcer les contributions des États pour assurer l'autonomie financière de l'organisation. De plus, le Conseil a suivi de près la livraison de la Tour Entente à Abidjan (un projet phare pour générer des revenus autonomes) ainsi que le redressement et la modernisation continue du Centre Régional de Formation pour l'Entretien Routier (CERFER) basé à Lomé.
Enfin, malgré les tensions politiques profondes en Afrique de l'Ouest, le Secrétariat exécutif de l'organisation maintient des espaces de dialogue. L'institution s'efforce de faire le pont entre les impératifs de sécurité face au terrorisme et les exigences de souveraineté des pays de la sous-région.
