Contexte historique
Au lendemain des indépendances, l'Afrique de l'ouest a été secouée par des tensions politique, géopolitique et l'insécurité, caractérisées par des coups d'État, la guerre froide et des interventions de mercenaires européens. Politiquement, l'Afrique de l'ouest est divisée en deux blocs, d'un coté les régimes socialistes comme le Mali ou la Guinée Conakry, de l'autre les régimes capitalistes pro-occidentaux comme la Côte-d'Ivoire ou le Sénégal. Pour apaiser les suspicions mutuelles de déstabilisation interne ou de soutien à des rebelles, les chefs d'État ressentent le besoin de sanctuariser leurs frontières à travers un pacte de confiance mutuelle. En 1973, les pays ouest africains (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Côte d'Ivoire et le Togo) forment la Communauté économique de l'Afrique de l'ouest (CEAO), qui sera dissoute en 1994 pour céder la place à l'UEMOA. Mais il leur faut un bouclier sécuritaire destiné à protéger les acquis de leur coopération économique.
Création de l'ANAD
Décembre 1974, éclate la première guerre de la bande d'Agacher entre le Mali et la Haute-Volta (Burkina Faso). Les dirigeants ouest africains se rendent compte qu'il n'existe aucun mécanisme pour empêcher ce genre de situation. Ils décident alors d'entamer des discussions qui mèneront plus tard à un accord de non-agression entre les pays de la sous-région. En janvier 1977, soit quelques mois avant la création de l'ANAD, le Bénin subit une tentative de coup d'État, qui a lamentablement échoué, mené par le mercenaire français Bob Denard. Les chefs d'États se rendent compte qu'ils n'ont pas les capacités militaires nécessaires de se défendre seul, le volet “défense mutuelle” y est alors inscrit. Signé le 9 juin 1977 à Yamoussoukro, l'Accord de non-agression et d'assistance en matière de défense (ANAD) est alors crée. Cet accord a montré son importance lors de la deuxième guerre, sur la même bande d'Agacher entre le Mali et le Burkina Faso, qui n'a duré que 5 jours, du 25 au 30 décembre 1985.
Dissolution de L'ANAD
En Aout 1990, l'ECOMOG, la force armée de maintien de la paix de la CEDEAO fut créée. Au fil des années, il y'a eu une sorte de double emploi et un manque de synergie entre l'ANAD et l'ECOMOG, à cela s'ajoute un manque de financement et de logistique de l'ANAD. Dans un tel contexte, une décision de dissolution de l'ANAD est prise et les ministres de la Défense se sont réunis à Dakar en Juillet 2001, pour acter le sabordage de l'ANAD. Ses compétences et son architecture de sécurité collective ont été entièrement fusionnées et absorbées par la CEDEAO.
Malgré le volet de défense mutuelle, on remarque une absence d'action de certains pays de la CEDEAO pour aider le Mali, le Burkina Faso et le Niger, à lutter contre le terrorisme. Mais c'est sans compter sur la dignité, la détermination et le sens de l'honneur de ces 3 pays, qui ont créé l'Alliance des Etats du Sahel, une architecture de défense mutuelle créée en Septembre 2023, et se sont retirés de la CEDEAO en janvier 2024.
